La politique de l’exclusion se poursuit

Commentaire au sujet de la votation fédérale portant sur la révision de l’assurance-chômage (LACI)

La campagne de votation s’est passée sans discussion majeure. Les élections au Conseil fédéral ont évincé de loin tous les autres thèmes. Lors de la révision de la LACI, on a parlé des chômeurs, comme d’habitude, et non pas avec eux.

invisibles lors de la campagne de votation nationale. Elles avaient tenté de donner un visage aux sans-emploi. Dans la campagne menée par les syndiAvec un budget de comité à quatre chiffres seulement et beaucoup de travail bénévole, les personnes directement touchées sont restées pratiquement cats et les partis de gauche, les chômeuses et chômeurs étaient présentés la plupart du temps comme des déchets anonymes et amorphes.

La majorité menacée de déchéance a montré une fois de plus à la minorité déjà déchue de quel côté se trouvait Dieu. En tout cas en Suisse alémanique. Et ce qui devient de plus en plus clair : malgré des protestations véhémentes, plus personne ne croit au plein emploi. Face à la diminution des prestations de l’assurance-chômage, on s’accommode en toute conscience de cause au fait que des personnes toujours plus nombreuses vont se retrouver sur le long terme en situation de pauvreté ou encore à l’aide sociale (ce qui revient au même, avec simultanément une mise sous tutelle et une surveillance permanente). Cela signifie, comme tout le monde le sait, qu’il n’y a pas assez de travail rémunéré, mais une énorme quantité de travail non payé non exécuté. Et puisque personne ne veut véritablement répartir le travail rémunéré de manière équitable, la société exclut celles et ceux qui n’arrivent pas à attraper les grappes de raisin haut placées dans ce système. Ceci tout en prétendant avec cynisme qu’il y aurait assez de travail pour tous. A coup de gros titres du style « la pauvreté supposée », les victimes de cette politique d’exclusion sont aussi vouées à la hargne.

Société des deux tiers

Au début du tournant néolibéral, des voix s’étaient élevées pour mettre en garde contre une société des deux tiers. Aujourd’hui, cette société est devenue réalité. Et nous sommes plus éloignés que jamais de la promesse qu’à moyen et long terme, la concurrence sans limites profitera à tout le monde.

Et pourquoi ne changeons-nous pas ce système? Parce que les personnes qui avaient critiqué alors le néolibéralisme et la globalisation ont remarqué qu’elles devaient marcher droit dans le courant dominant si elles voulaient conserver ne serait-ce qu’une mince influence et surtout leur travail. Parce que la solidarité est devenue une injure. Parce que les personnes qui se montrent solidaires des exclus courent le risque de se retrouver elles-mêmes exclues. Parce que les gagnants de cette politique de redistribution, faisant désormais partie des « riches », sont devenus si puissants qu’ils n’ont plus besoin de respecter les lois et les processus démocratiques. Et parce que partout, on intériorise le principe néolibéral baptisé Tina («There is no alternative»).

Opposition créative

On prend ainsi le risque d’être confronté de plus en plus à des éruptions sociales et à des actes incontrôlés (p. ex. des folies meurtrières), qui servent en plus à animer la galerie. Il n’est toutefois pas impossible de s’attaquer d’en bas aux pieds du pouvoir : par la créativité (p. ex. en mettant en place de petites économies indépendantes), par des actes de désobéissance civile, par le boycott des médias au service de la pensée dominante et des grandes entreprises ne respectant pas les normes sociales et enfin en ne cessant pas d’exiger le respect des droits fondamentaux de la personne. Les puissants ne le sont que dans la mesure où nous acceptons leur pouvoir et les admirons pour cela.

Christof Berger

Christof Berger

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